Mots-clefs

, ,

001_vargas-llosa-001180

Maintenir les hommes dans une constante insatisfaction d’eux-mêmes…

L’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa (« La tante Julia et le scribouillard », « La Maison verte »…) avec le Colombien Gabriel Garcia Marquez (« Cent ans de solitude ») et la Chilienne Isabel Allende (« La maison aux esprits », « Paula »…) ont été et seront toujours, pour moi, un trio fascinant et inséparable ainsi que des compagnons de vie capables de « tisser » des histoires envoûtantes et douloureuses au sujet de leurs pays : une espèce de « scanner » magique apte à dévoiler l’essence de tout être humain, dans le bien et dans le mal, dans la raison et dans la folie, une psychanalyse du Pérou et de la société latino-américaine par le biais de mots que je ne cesse pas d’avaler comme s’ils étaient fondus dans le chocolat amer….

Ce dessin au crayon de Mario Vargas Llosa jaillit d’une photo de l’écrivain péruvien parue lundi 7 mars 2016 sur Libération (1) soigneusement gardée dans un classeur. D’un coup, hier, la photo a repris vie et ma main est partie toute seule : d’abord, le contour du visage ; ensuite les cheveux, enfin les yeux noirs comme de la poix, à peine visibles sous les poids des paupières… comme si je connaissais depuis longtemps ce visage et ces yeux sombres et pensifs.
Voilà un extrait de son discours en l’occurrence du Prix Romulo Gallegos, en 1967. Des mots qui ont fait sursauter mon cœur : « La mission de la littérature est d’agiter, inquiéter, alarmer, maintenir les hommes dans une constante insatisfaction d’eux-mêmes… Plus les écrits d’un auteur sont durs pour son pays, plus intense sera la passion qui unit l’un à l’autre. Car, dans le monde de la littérature, la violence est une preuve d’amour. » (2)

Claudia Patuzzi

(1) L’article sur « Libération » a été traduit de l’espagnol par Philippe Lançon.
(2) Les œuvres romanesques de Vargas Llosas, sous la direction de Stéphane Michaud, ont été réunies dans la « Pléiade » par Gallimard (2 tomes) et traduites de l’espagnol par Albert Bensoussan, Anne-Marie Casé et Bernard Lesfargues.