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Où est-ce qu’on a mis la lune ?

— Qu’est-ce que tu as ? Tu te sens mal ? Qu’est-ce que tu regardes hors de la fenêtre ? Il est noir…
— Rien d’important… T’en es-tu aperçue ?
— De quoi ?
— J’ai rêvé de la Lune : elle s’encastrait au milieu de deux immeubles d’en face…
— La Lune ? Laquelle ?
— Comment ? Tu demandes « quelle Lune » ! Mais c’est la Lune qui est en haut dans le ciel !
— Et alors ?
— Est-ce que tu ne comprends pas ?
— Je comprends seulement que tu es en train de vieillir et que tu délires… Je dois défaire la table et tu as oublié de prendre le « gerontovital » ainsi que le comprimé contre les cauchemars…
— C’est vrai… Voilà, j’ai tout avalé, as-tu vu combien je me soigne ?
— Tu n’es pas sérieux, tu es un abruti !
— Abruti ou pas, cette nuit nous n’avons pas eu la lune ! Le ciel était vide !
— Peut-être y a-t-il la nouvelle lune… tu t’es trompé !
— J’ai consulté le calendrier lunaire accroché dans la cuisine, aujourd’hui on a prévu la pleine lune !
— Qu’est-ce qu’il t’en fout  ?
— Cela me regarde, au contraire, ne vois-tu pas ?
— Où ? Tu es fou, d’ici peu ce sera jour. (La femme ouvre la fenêtre à contrecoeur.) Au lieu de me laisser dormir, tu me fais faire des choses inutiles, tu ne fais qu’empirer…

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— Regarde !
— Quoi ?
— Devant toi, en cet espace serré par deux maisons énormes, en face !
— Et alors ?
— La lune à cette heure-ci devrait être là, elle a toujours été là dans ce quartier de ciel…
— Maintenant, elle n’y est pas, cela veut dire qu’elle s’est déplacée.
— Mais la lune ne peut pas se déplacer où elle veut…, c’est impossible.
Sans la lune, adieu poésie ! Regarde : la lune s’est encastrée au bout, au milieu de deux maisons ! Voilà pourquoi le ciel était vide…
— Mais, dis-moi un peu une chose : mais qu’est-ce que tu as à faire, vieux et laid que tu es avec ces banalités ? Tu délires ! Elle ferme la fenêtre et allume la télévision.
Le mari cache son visage dans ses mains et s’assied sur le canapé, puis il lève la tête, les yeux humides.
— (en susurrant) Un ciel sans lune sera toujours noir, même s’il y aura les étoiles… et la poésie, où finira-t-elle ?
— Ouf, si tu veux je te prépare un café.
— Un café à cette heure ?
— Qui va plus dormir désormais ?

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Claudia Patuzzi

P.-S. La poésie et le monde d’aujourd’hui ne vont pas d’accord !