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Les boutiques très chères, les mannequins dernier cri, les vendeurs de glaces, la pacotille religieuse de Borgo Pio ont désormais disparu… Je me dirige automatiquement vers les hauts remparts, un monde que je ne vois plus depuis cinq ou six années. Une frontière entre deux sphères : celle de la réalité et l’autre, l’univers idéal. Le quartier populaire et celui que Dieu et l’Art ont créé. Nous sommes désormais en vue des grandes murailles, quand le pape en personne, en forme splendide, vient envers nous… Je reste ébahie devant cette exubérance… celui-ci serait capable de traîner dans le Paradis même une mouche… « Bon voyage dans notre grande maison ! » il s’écrie, en agitant la main.

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… encore bouleversés par cette rencontre inattendue — « un Pape volant ressemblant à Superman ! » —, nous nous dirigeons vers Saint-Pierre en passant sous un grand arc comblé de « pèlerins »…

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Tout d’un coup, je me trouve à l’intérieur d’un espace où je ne reconnais qu’une « pensée ». Une pensée parfaite et lumineuse, dont l’essence est la pierre, où une myriade de vues et de perspectives vertigineuses ouvrent des visuelles obliques sur des architectures disparates se superposant dans un immense bois blanc et rose…

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Les colonnes, puissantes, mais élancées, nous guident vers quelque chose de grand : un parcours allégorique, de pilier en pilier, évoquant les escalades aux pyramides ou l’entrée cachée d’une chambre secrète… Voilà un palais qu’on dirait bâti dans le ciel…

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Rome est donc devenue cet étrange (douloureux) pèlerinage après de longues années absentes ? Après Turin — ma ville-pont préférée entre France et Italie —, après Paris, cette ville vive et grise à la fois, Rome se matérialise dans ce bois de colonnes et de longues ombres glissant comme du velours sur la surface de cette pierre lisse et dure… Ces jambes blanches de « travertin » m’accompagneront, fidèles, au retour… Au milieu de ces architectures majestueuses, mon passé minuscule se reflète à peine sur cette couche blanche et rose de la pierre de Saint-Pierre qui me rappelle, avec une sorte d’arrogance, le « poids » de l’Histoire…

D’ailleurs, c’est un fait : chaque voyage, ou pour mieux dire « chaque retour » bouleverse nos certitudes, nos « tableaux d’idylles », nos souvenirs, nos projets… Rien ne demeure à sa place. Le Prisme reflète des éclairs multicolores tandis que les rides s’amusent à poursuivre nos émotions d’avant avec celles d’aujourd’hui. Ô voyage ! Il nous donne la possibilité de re-voir, re-penser, ré-construire notre petite maison rouillée par la pluie…

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Mais, qu’est-ce qu’il arrive ? Une voix de femme dans les haut-parleurs bondit de la rue. Je m’accoude au parapet : un cortège douloureux. Des bannières rouge-vert que je ne sais pas identifier, un camion. Je ne peux pas me passer de quelques photos… Quand se terminera-t-il ce chapelet de souffrances subies et remémorées ? À Paris, les rues sont devenues des tapis roulants où coule la voix du monde, des films d’ailleurs affreusement réels, animés de personnes vivantes… Ô Histoire, qu’attends-tu pour donner une voix et de la force à tes souffrances ? Pour rendre la faculté d’entendre aux sourds qui s’y refusent ? Pour donner la vue aux aveugles qui se sont accoutumés à ne rien voir ?

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J’essaie de retrouver le fil coupé de mon itinéraire fataliste. Une porte s’ouvre. J’entrevois la place Saint-Pierre, l’obélisque, la cohue des gens… mais où s’est caché l’autre troupeau, celui qui marchait sur le boulevard ?

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Finalement, le ciel. Que dis-je ? Ce n’est pas un ciel quelconque, mais « le » ciel de Rome, celui que j’ai laissé il y a six ans : tellement bleu, limpide, presque irisé. Ce ciel qui te donne la force de vivre. Avec cette couleur unique que je n’oublierai jamais, jusqu’à ma mort… de l’autre côté de la colonnade se détachent les ombrelles des pins du Gianicolo, là où commencent les prés de la grandiose Villa Doria Pamphylie…

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À travers la place encombrée de chaises pour les pèlerins, en attendant, le dimanche, le discours du pape…

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Dès que j’arrive de l’autre côté du cercle de colonnes et statues, je me retourne en arrière une dernière fois. L’ombre et la lumière fusionnent, le soleil entame doucement sa descente… La fable va se terminer sur un immense plateau de théâtre, une véritable métaphore du monde… Le cercle, le rectangle, les statues, le centre, la fontaine, les bras qui s’étendent pour serrer le vide dans une étreinte douloureuse…

Claudia Patuzzi