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Quand la Flèche-Rouge touche la gare « Termini », je me sens dépaysée : l’espace et le temps ne coïncident plus ! Pourtant, ce que je vois est tout à fait « réel ». Je peux frôler les colonnes de la gare, flairer l’odeur des sandwiches au jambon encore chauds, réécouter l’accent romain, si familier, dans les voix des haut-parleurs ainsi que des voyageurs, soulever la valise qui sursaute derrière moi, mais il y a quelque chose qui ne va pas… L’air, les gens, les vitrines, tout semble étrangement tordu. Dans mon esprit, je mélange Rome avec Paris ou même avec Naples, une ville chorale et tragiquement vivante, à laquelle je suis liée de façon tout à fait irrationnelle… Rome, au contraire, me dérange. J’ai même peur de l’affronter. Trop de souvenirs et, parfois, trop d’indifférence. Et dans les tréfonds la peur de revoir mon frère et ne plus le reconnaître… j’ai décidé que je ne parlerai pas de lui dans le récit de cet étrange voyage, même si je vais le voir d’ici peu. Pourtant, je penserai toujours à lui…

En descendant sur le quai, je retrouve ma vieille gare aux piliers gris, aux bancs de pierre… mais tout de suite après tout change soudainement. Voilà une magnifique librairie sur deux étages aux baies vitrées, que je n’avais pas vue avant… La Flèche-Rouge aussi, elle n’existait pas « avant »… et ce bar au deuxième étage, entouré de parois en plexiglas… je ne m’en souviens guère. « C’est ici que je suis née ! » me dis-je, en observant les ruines rouges se détachant contre le ciel. « Maintenant, tu es à Rome, chez toi ! Mais où, dans quelle maison ? Mon appartement n’existe plus ! Tout comme mon père et ma mère…»

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Viale Angelico, Rome

Le ciel incroyablement bleu me console. Depuis le bus je revois de biais le fleuve Tevere coulant derrière les maisons peintes en jaune, rose, orange qui lorgnent parmi les platanes. Je respire, émue, la chaude couleur ocre de la rive droite. Après avoir joyeusement surmonté, « à l’italienne », un compliqué problème bureaucratique avec l’INPS (Institut de la Prévoyance Sociale ), nous montons sur un deuxième bus — entouré lui aussi de maisons peintes en jaune, rose-orange couleur de la brique — voyageant en direction du « quartier du Pape » : Borgo Pio…

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Le restaurant « Eccellenza » à Borgo Pio.

Nous nous accordons une halte d’une heure dans le restaurant « Eccellenza » (1) que deux employés de l’INPS nous ont recommandé comme le meilleur de ce quartier, pas cher, fréquenté par le Pape (quand il était encore cardinal) ainsi que par nombreux évêques.

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À la sortie je suis comblée et satisfaite, je cogne pourtant contre une étrange atmosphère. Il me semble tomber dans un petit village du Latium, en dehors de Rome, où tout est « ecclésiastique », presque une ancienne pièce anthropologique sur les usages et les habitudes locales d’un village éloigné du monde, surchargé de boutiques débordantes de symboles religieux ainsi que d’objets étranges ou de mauvais goût …

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… comme cette boutique pour les « évêques », d’une rare élégance…

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… ou comme ce prêtre extrêmement raffiné au col blanc amidonné, habillé en bourgeois, la ceinture et les pantalons noirs. Il semble juste sortir de l’atelier exquis de Valentino ! Sa coiffure lisse et blonde, assez discrète, est équilibrée par le livre ouvert nonchalamment dans les mains… une Bible ? Un Évangile ?

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… ou comme cette autre boutique, « Borgo clero », avec des toges très chic garnies par des fils d’or, ou d’autres couleurs bien adaptées : vert olive, carmin… Il ne manque pas des valises et d’autres nécessités… dans un mélange éclectique en équilibre instable entre le sacré et le profane… Que dirait-il notre Dante Alighieri devant tous ces luxes ?

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Plus avant, je suis attirée par une vitrine de petites statues… Le pape nous salue la main levée, tandis qu’une étrange publicité attire mon attention avec ce cœur rouge et cette inscription en bleu : « Misericordina » (une petite miséricorde ? une recette médicale ? un truc diabolique ?).

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En direction de Saint-Pierre, la rue, avec ses fameux « sampietrini » (1), s’élargit de plus en plus… tandis que des religieuses se détendent tout en chouchoutant entre elles sous une ombrelle…

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…tandis que de « véritables Romains », près d’une boutique de souvenirs, (enseigne,) passent leur temps à scruter paresseusement les touristes.

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Dans une petite place entourée par les anciens remparts, nous découvrons un fourgon de glaces et boissons avec l’image du Pape Giovanni Paolo II, alias Karol Wojtyla. « Quelle soif ! » me dis-je. En ce précis instant une vision divine s’affiche au bout de la place : un « kiosque » ressemblant au chapeau de Mary Poppins !

010_chiosco_7402 Claudia Patuzzi (1) Pierre utilisé pour la première fois pour paver place S.Pierre (1500). Toutes les photos sont agrandissables.