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Tandis que la « Freccia Rossa » est en train de glisser comme une torpille vers la gare Termini de Rome, je ne cesse de penser à la mort de mon frère, à ce vide douloureux qui m’obsède, au double visage de ce que nous appelons « vie », avec orgueil et crainte : cette « chose » unique pour chacun de nous, toujours destinée à la même conclusion. Un décalage difficile à digérer et oublier, entre deux ingrédients tout à fait opposés, les uns contre les autres armés, qui sont pourtant, dans le fond, complémentaires. La vie et la mort. Tous les deux sont gagnants et perdants à la fois, même si le dernier mot de cette parfaite et délicate balance est toujours le même, partout et en chaque circonstance… peut-être des images pourront expliquer ma pensée mieux que mes mots…

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Voilà deux belles filles. L’une d’elles endosse un imperméable blanc, l’autre est vêtue en noir. Elles passent devant un graffiti juste à côté d’une vitrine de pompes funèbres. La femme à l’imperméable blanc vient de s’installer près de l’arrêt du bus, tandis que l’autre, les yeux vers les derniers étages des immeubles, semble incertaine et distraite. Que fera-t-elle ? Attendra le bus ou s’écartera à l’improviste pour traverser la rue ?

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Pour une étrange coïncidence, la jeune fille en noir a choisi, inconsciemment, le fond le plus sévère, en ligne avec ses couleurs : celui des pompes funèbres, assumant, cette fois-ci, le noir habituel avec une rigueur insolite… Mais voilà que le portail à droite attire ma curiosité : c’est le numéro 69, le plus diabolique parmi les nombres entiers… celui qu’on peut renverser à l’infini comme la roue de la Fortune, sans que rien ne change. Le 6 restera toujours le 6, le 9 toujours le 9, formant ensemble un numéro double-face…

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Mais qu’est-ce qu’elle fait la jeune fille en blanc ? Je prends ma loupe et je m’aperçois qu’elle serre dans la main droite une « bande » jaune se faufilant dans un enchevêtrement de couleurs foncées formant un ruban… elle ne veut peut-être pas renoncer à son attachement à la vie, à la joie de ses couleurs, de ses rêves, écheveaux, labyrinthes, prisons, jeux, illusions… ou peut-être elle est seulement… amoureuse !

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J’observe une religieuse devant moi. Tout est tranquille. La « Flèche rouge » ralentit sa course. Rome et mon frère s’approchent de plus en plus… Peut-être, Luigi Pirandello  avait raison lorsqu’il disait que « la vie n’arrive pas à des conclusions »… (1)

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(1) Phrase finale empruntée du livre « Un, personne, cent mille » (1926)

Claudia Patuzzi