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001_dormir réduit

Je suis dans le Thello, le train reliant Paris à Venise. On a prévu de descendre à Milan, pour y rattraper à 6 h 23 la coïncidence avec la « Frecciarossa » (la flèche rouge), une torpille ultrasonique dirigée à Rome ayant son terminus à Naples-Salerno. Ma couchette est en haut. Je m’abandonne sur le matelas. Celui-ci est un peu dur. Je me tourne plusieurs fois, absorbée dans des inepties, tandis que mes pensées errent aveugles comme un vol d’oiseaux apeurés. Dans le couloir, j’entends l’écho de pas pressés au milieu du claquement des portes. L’épaisseur impalpable d’un nuage comprime ma poitrine m’enlevant le souffle. Attente ? Peur ? Le train démarre. Une secousse comme un coup de toux, puis un roulement ondoyant et doux au fur et à mesure que les roues prennent leur vitesse. Tout glisse devant moi dans une bande de lumières fuyantes et de vies lointaines, tandis que je cours rattraper mon frère…

002_ le voyage sur le train-180

J’ai toujours aimé regarder le paysage qui coule comme un film derrière la vitre. Un petit village, une rambarde, une grille, un mur ou un champ de blé… mais cette fois-ci, c’est le ciel qui joue, grâce à la bienveillance du soleil, le rôle majeur. Il est ma bouée rouge pour ne pas me noyer dans les regrets… Petit à petit, mon corps se rend, se laissant bercer par ce couchant brumeux, par ce brouillard rose enveloppant l’horizon qui voudrait anesthésier mon esprit. À présent, le soleil n’est qu’un minuscule point rouge, tandis que le train court de plus en plus vite… J’ai peur de penser ou alors d’imaginer ce qui vient à ma rencontre… Comment sera-t-elle, Rome ? Toujours la même ? Une ville tout à fait différente ? Et mon frère ? Aurai-je le courage de le regarder ?

003_l'arrivo Q,Salario

Rome, Quartier XVII, Salario-Trieste.

Quand je me réveille, je suis entourée par un ciel incroyablement bleu… Je reconnais tout de suite cet émail clair et limpide : je suis arrivée à Rome ! Son printemps est une plénitude de fleurs roses… Est-ce que ma douleur peut vivre avec cette exubérance ? L’épanouissement et le flétrissement ne font-ils pas partie de la vie ? Je me sens dépaysée. Combien de temps est-il passé depuis que j’ai laissé Rome ? Cinq années ou plus…

Claudia Patuzzi (Toutes les photos sont agrandissables.)