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001_vecchia stradina Marais180(toutes les photos peuvent être agrandies en cliquant sur l’image)

Combien de kilomètres ai-je parcourus, tandis que je tournais dans le vide ? Aujourd’hui, le Marais semble un labyrinthe, ou alors la rosace d’une cathédrale… Est-ce que mes pensées déraillent, au-delà de la banalité quotidienne, dans le pays de rêves ? Il me suffit de m’installer dans les nuages, pour que je me retrouve tout de suite dans un endroit inconnu et sombre, voilé d’une lumière légère et mystérieuse… comme cette petite rue pavée…

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… D’un coup, je me trouve devant ce fourgon multicolore – orange, vert, jaune, marron – avec une femme noire au turban rouge. De l’autre côté, un homme serrant une espèce de maison dans ses mains… Je lis aussi une inscription de 4 lettres : « CSAO ». Je me regarde autour : sur le coin du mur, deux ruelles se rencontrent : rue Elzévir et rue Barbette… Charme, Sérénité, Amour, Oasis ?

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Maintenant, je comprends ! J’assiste à un étrange spectacle, une espèce de tableau pacifique et coloré ayant pour sujet une forêt africaine multicolore avec des arbres, des palmes, une femme qui cuit quelques choses dans une casserole. Tout cela se déroule devant un mur orange avec des arches (sa maison ?). Plus loin, une île tropicale s’affiche, avec ses palmiers élancés, au bord de l’océan… tandis qu’un nuage (un typhon ?) répand des gouttes de pluie intermittente et que la barque d’un pêcheur essaie d’atteindre la rive. Mon Dieu ! me dis-je. Je suis plongée dans une bande dessinée !

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Je me regarde autour : dans la rue déserte règne un silence total. Je m’approche doucement de la vitrine, 9 rue Elzévir. Je comprends, finalement, le secret de cet endroit discret, de ce climat suspendu au dehors du temps et du chaos suffocant de Barbès. Je regarde encore la vitrine, cette symphonie de couleurs… Où suis-je ? Mais oui ! Je me suis faufilée dans un coin négligé par l’histoire, par l’éclat affreux de la guerre et de la violence… Mon dieu, je suis plongée, comme une feuille sèche, dans un petit pli caché que la tempête a épargné, lointain du chaos. Je suis dans l’enfance du monde !

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Je regarde cette symphonie de couleurs : de tasses simples, une théière griset-bleu foncé ou vert et rose, des égouttoirs azurs, lilas, fuchsia avec d’éclairs blancs, des seaux irisés de jaune-argent et de rouge-or ! Je vois un monde à part, où les couleurs règnent souverains grâce à l’imagination humaine et à la nature même… Dans ce calme, l’horreur qui nous entoure n’existe plus, glissant dans un entonnoir jusqu’au centre de la Terre, à l’enfer…

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Voilà ce petit fauteuil, parsemé de lions, de léopards et de tigres ! Si je m’y assieds, je deviens immédiatement la reine de la forêt ! Ici, dans le Marais, je n’avais vu que de petits chiens habillés en petits garçons, jamais des lions… Ces couleurs ont le même pouvoir vital et pacifique des mots qui survivent à l’extermination et à la violence… Les mots « justes et humains » sont comme l’art, la poésie ou le chant : des dons divins…À propos de mots, je me rappelle le poète Léopold Sédar Senghor, sa bataille pour la liberté du peuple du Sénégal, sa confiance dans la nature humaine et dans le dialogue…

007_Afrique-bambole180-NO Je sens ses mots … : « Fibres de mon cœur vert.
 Épaule contre épaule, mes plus que frères, 
O Sénégalais, debout !
 Unissons la mer et les sources, unissons la steppe et la forêt !
 Salut Afrique mère.
 » (hymne national, refrain).
Au retour je découvre, en face des boutiques CSAO  – Comptoir du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest –  un restaurant… et si j’entrais ?

Texte et photos de Claudia Patuzzi