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Gribouillis tracé au feutre, 2014
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Depuis ma naissance à Rome, j’ai toujours parlé la langue italienne, tandis que je n’avais fréquenté jamais ma langue « maternelle ».
Ma mère, née assez tôt à Bruxelles, quand le français était encore une langue primordiale en Europe, m’a « caché », plus tard, la langue française, devenue pour elle un tabou lié aux mauvais souvenirs de sa première enfance, dont la mort de sa mère à la fin de la Grande Guerre…
Moi, au contraire, je suis née tard, en Italie, dans le boom économique, en pleine euphorie américaine.
J’ai étudié le grec, le latin et l’anglais, qui devenait juste de mon temps scolaire la langue de la consommation future, de la télévision, des gratte-ciel, des films d’Hitchcock et de Frank Capra… Le français voltigeait, quelquefois, sur les lèvres de ma mère, en quelques chansons, chez le tailleur, à la cuisine et dans quelques exclamations… Une langue invisible et, pourtant, toujours latente. Comme une brume légère.

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Égypte, Luxor, Ouverture des portes des chapelles dorées par l’équipe des fouilleurs grâce à la découverte des Anglais Carter et Carnarvon, le 17 février 1923. Cette photo évoque pour moi la découverte d’une autre langue inconnue, donc d’un trésor. En « Christian Desroches Noblecourt, Toutankhamon, éditions PYGMALION, Paris, 1977. (cliquer pour agrandir l’image)

Pendant un voyage en Égypte, emportée par l’enthousiasme, j’ai acheté près de Luxor un grand livre illustré (288 pages) au sujet de Toutankhamon et de la Vallée des rois, écrit en français. J’ai terminé la lecture en peu de jours, dans un état d’exaltation irrépressible : j’avais compris la signification de presque tous les mots ! Peu de jours depuis ma rentrée à Rome, j’ai fait un rêve : je me trouvais dans la vallée des Rois, devant des hiéroglyphes que je déchiffrais parfaitement…
Encore aujourd’hui, la lecture et la compréhension du français écrit sont étrangement faciles pour moi, tandis que l’usage courant de la langue française et de sa prononciation reste en arrière…
Le nœud de la langue se desserre très doucement. C’est à moi de la saisir par un nœud coulant !
De quelle méthode vais-je me servir ? Peut-être l’étude d’une vieille et robuste grammaire…

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Grammaire enfantine par Claude Augé, Librairie Larousse, Paris, juin 1911 (cliquer pour agrandir)

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L’Écolier paresseux, p. 40, Grammaire enfantine par Claude Augé, Librairie Larousse, Paris, juin 1911 (cliquer pour agrandir)

Ou alors une méthode plus moderne…

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Quand on parle du loup, on en voit la queue ! On dit cela lorsqu’une personne survient au moment où l’on parle d’elle.
Est-ce que je parviendrai à m’accrocher à la « queue » de la langue française ? Mais, peut-on prendre une langue par la queue ?

Claudia Patuzzi