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Ce dessin (crayons colorés et feutre) est arrivé par hasard, au milieu d’une soirée mélancolique. Peut-être, pour nous dérober à nos frénésies contemporaines, aux suggestions de la fièvre du numérique, à la cabriole inconsciente du monde et de l’Europe ou, pire, au regard de celui qui nous attend au dehors, sur un trottoir…
En vérité il n’y a pas de réponses exhaustives pour expliquer au cent pour cent ce que nous faisons. Souvent c’est une impulsion tout à fait inattendue qui traîne nos décisions ou, parfois, une traîne plantée en profondeur dans nos corps mêmes, comme une vieille racine encore palpitante, chargée des ferments de notre passé…
Nous sommes ce que nous avons été.
Mais nous sommes aussi ce que nous pouvons être, ce que nous pouvons effectivement faire. Les devoirs, les diktat, les contraintes de la volonté ne peuvent pas aller contre nous mêmes, contre notre tempérament le plus intime ! Et donc, à l’orée du soir, je me suis rendue à un moment d’oisiveté dans le sens qu’Horace donnait à ce mot : celui de cultiver son propre potager ou jardin. Le nôtre est un « jardin enclos » (« hortus conclusus »), entouré par une enceinte. Un barrage défensif contre le « temps méchant » (celui de Foscolo, de Borges, de Pessoa, Tabucchi et tant d’autres).
En somme, chacun à ses défenses, ses fuites, ses petits potagers (dont l’assez frénétique et sautillant jardin de Twitter ).

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Quand je fréquentais la troisième classe élémentaire, ma mère m’avait inscrite dans une école de danse classique. J’avais un tutu rose en satin et tulle, et bien sûr deux chaussons de danse de la même couleur. J’adorais danser, jusqu’au jour où, au bout d’un an et demi, le rêve a été brusquement interrompu. Pour des raisons pratiques et de temps ma mère m’a de but en blanc retirée de cette école sans me prévenir.
Dès lors, j’ai dansé en secret dans la maison, quand mes parents n’étaient pas là. Je voltigeais dans le salon comme une libellule, accompagnée par la musique de Wagner ou du Casse-noisette de Tchaïkovsky.   La danse c’était ma liberté. Mon secret.
Quand j’entendais la clé tourner dans la serrure, j’éteignais le tourne-disques et je courais me sauver dans ma chambre où j’enlevais à la hâte mon tutu et mes chaussons.
Qu’est-ce que tu as fait ? Tu es moite de sueur ! me réprimandait ma mère.
Rien, j’ai étudié…
Mais elle était déjà partie dans le couloir.
Ces chaussons je les ai emmenés à Paris, où je les garde sur une étagère de ma bibliothèque. De temps en temps je les flaire, comme je faisais dans mon enfance. J’adorais l’odeur du plâtre et même aujourd’hui, si je le rencontre par hasard, je reviens à cette année et demie que je n’oublierai jamais.
Je vous laisse trois citations…

« Les enfants trouvent le Tout dans le Néant, les hommes le Néant dans le Tout
Leopardi (1798 -1837), Zibaldone, II, 43, 2.

« L’enfant c’est le père de l’homme » « The Child is father to the Man »
Wordsworth (1770 -1850), My heart leaps up.

« Ce n’est pas beau d’être des enfants : il est beau, lorsqu’on est âgés, de songer du temps où nous étions des enfants. »
Cesare Pavese (1908 -1950), Le métier de vivre, 6/9/1945.

« J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel. »
Victor Hugo (1802-1885), La légende des siècles, LIII.

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« Les deux ballerines », un dessin qui remonte à la première classe des écoles moyennes… (cliquer pour l’agrandir)

Claudia Patuzzi