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001_Investiture180 -800Claudia Patuzzi, dessin à l’encre de Chine, Paris, août 2014
(l’image est agrandissable)

Quatre ans de ma vie, jusqu’à la troisième classe élémentaire, se sont écoulés dans une école de sœurs espagnoles, dans un beau jardin sur la colline de Mont Mario, à deux pas de chez moi. Les religieuses étaient habillées en noir avec une grande sous-gorge blanche ainsi qu’une coiffe. J’avais trois maîtresses. Mère Pilar, munie de grandes moustaches ; mère Venanzia, la Supérieure ; la grosse et inoffensive mère Dolores.
Outre les prières, elles nous apprenaient le menuet de Vivaldi ainsi que d’horribles poésies par cœur, dont « La pluie argentée qui bat sur les toits… » 
Pour ma belle calligraphie, je reçus l‘« investiture » de « scribe de confiance » : je devais écrire des longues lettres aux familles des enfants malades : une véritable torture ! Un beau jour, elles découvrirent — quelle horreur ! — que je lisais les bandes dessinées interdites, que j’avais emprunté à mon frère aîné, dont « Il Monello » (Le Gamin) et « L’Intrepido » (L’Hardi), des petits journaux bourrés des histoires d’amour du prince indien « Chioma d’oro » (Cheveux d’or) et de la princesse  « Fiordistella » (Fleur d’étoile). Ce fut la fin pour moi : pour me punir, on m’enleva la charge de la correspondance hebdomadaire, on m’interdit les danses et les jeux avant de me montrer du doigt comme infréquentable.

À la fin de l’année scolaire, ma mère m’envoya dans une grande école publique où j’eus une nouvelle « investiture » : après avoir appris les signaux de route, j’obtins la charge prestigieuse de diriger le trafic des élèves, avec des fiches signalétiques, ainsi qu’un sifflet accroché au cou… Un pouvoir indiscutable !

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Claudia Patuzzi