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001_Coiffeur 180

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À mon arrivée à Paris, j’avais du mal à trouver un coiffeur qui me satisfaisait. D’abord, c’était une question de coupe, ensuite les prix… tout en considérant, il faut le dire, qu’en général, côté coiffeur, Paris était moins cher que Rome… En fait, je changeais d’adresse presque chaque fois que je me rendais chez le coiffeur. Toujours en imaginant de pouvoir deviner – d’en dehors, à travers la vitrine -, si la coupe me convenait et le prix était honnête. Toujours en sortant déçue pour quelque petite chose insignifiante.
Jusqu’à ce que j’ai compris que l’important c’est surtout la juste « atmosphère ». D’abord l’atmosphère du quartier. Ensuite celle de l’atelier du coiffeur.
Il y a trois ans, je me suis aperçue que je n’aime pas trop les beaux quartiers. Par conséquent, j’ai vite établi mon territoire de chasse entre le canal Saint-Martin et la Gare de L’Est, où les coiffeurs affichent des prix pour la plupart abordables. Dès lors, je me rends dans un local assez anonyme et spartiate, illuminé au néon et juste un petit divan pour des attentes brèves… où l’ambiance internationale et souriante me laisse libre de m’évader et de voltiger ailleurs.
Tandis que les autres clientes bavardent avec les jeunes coiffeuses, je demeure silencieuse, les yeux fixés sur un livre, un journal, un cahier ou l’iPhone.

Il y a un mois est entrée une femme qui a immédiatement attiré mon attention. En la regardant, je ne comprenais pas ce qui me repoussait le plus en elle : son visage ? Sa silhouette maigre et osseuse ? Sa façon de s’habiller ? Quelques minutes depuis, j’ai compris la cause de mon embarras : cette femme, ou mieux cette « vieille femme », ce n’était pas une personne âgée quelconque… Il lui manquait le calme, la lenteur, la sagesse, l’habitude à la fatigue ainsi qu’à la douleur, la typique naïveté dans la découverte, comme si c’était la première fois, de petites choses de la vie… Son corps était enveloppé dans un nuage de soie très légère, presque transparente, avec des dentelles en plus d’un vertigineux décolleté sur deux seins flétris. Elle arborait d’ailleurs un gros nez aquilin, une bouche imprégnée de rouge à lèvres, des jambes sèches terminant avec des pieds énormes bien étalés sous les yeux de tout le monde. Pour finir, elle n’avait pas renoncé au charme d’une longue chevelure qu’au moment de son arrivée se présentait comme un mélange décevant de blond et de gris. Elle fumait.
Une heure après, sa voix pleurnicheuse de vieille enfant gâtée ne cessait de frapper dans mes oreilles comme un manteau…
Dès que je suis arrivée chez moi j’ai pris le crayon et le carton : et voilà son portrait-caricature !

Claudia Patuzzi

P.-S. Proverbe italien : « Ce n’est pas beau ce qui est beau, c’est beau ce qui plaît »