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Claudia Patuzzi, Charlie Chaplin, Crayon noir, 47 x 66 cm, 1969 (cliquer pour agrandir)

Mes chers amis, ce dessin de 1969, tout comme le portrait de Giorgione, est accroché dans le couloir, mais avec une primordiale différence. Giorgione fixe mon bureau ainsi que mes épaules, tandis que Charlie Chaplin est en train de scruter les livres de la bibliothèque en face de lui. Il soupçonne, peut-être que là-dedans se cache « Histoire de ma vie », sa célèbre biographie
En effet, mon Charlot en noir et blanc est une reproduction fidèle de la photo n° 15, située dans le chapitre V. Donc, depuis sa naissance, ce dessin-ci n’a fait qu’un avec la lecture passionnée de la biographie de Charlie Chaplin.
Vous vous demanderez quel est le moteur qui m’a entraînée dans cette découverte tout à fait particulière.   Peut-être, c’est à cause de mon intérêt constant pour la « formation » d’un être humain, pour la « lévitation » souterraine d’une personnalité future, telle une chrysalide sur le point de prendre le vol. « Comment devenons-nous ce que nous sommes ? Pourquoi ? »
« Comment est-il possible de contourner des difficultés souvent insurmontables ? »
« Comment réaliser nos rêves, nos attentes, ce qui correspond à nos capacités ? »
À dix-huit ans, je ressentais un besoin féroce de réponses. D’ailleurs, celle-ci est une question que je ne cesse de me poser beaucoup d’années depuis, dans une autre ville, dans un autre pays, dans un flux sonore divers, sans m’arrêter jamais aux premières réponses…

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Voilà, le Discours final du Dictateur qui semble être de grande actualité aujourd’hui: « Je regrette, mais je ne veux pas être empereur. C’est ne pas mon métier. Je ne veux pas gouverner ni conquérir qui que ce soit. J’aimerais venir en aide à tout le monde — si possible — aux Juifs, aux Gentils…aux Noirs… aux Blancs.
La vie peut être libre et belle, mais nous nous sommes égarés. La cupidité a empoissonné l’âme humaine, elle a dressé dans le monde des barrières de haine, elle nous a fait marcher au pas de l’oie vers la misère et le massacre. Nous avons découvert le secret de la vitesse, mais nous nous somme cloîtrés. La machine qui produit l’abondance nous a appauvris. Notre science nous a rendus cruels et sans pitié. Nous pensons trop et nous ne sentons pas assez. Nous avons besoin d’humanité que de machines.
(…) En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes et de petits enfants désespérés, victimes d’un système qui pousse les hommes à torturer et à emprisonner les innocents. À ceux qui peuvent me entendre, je dis : « Ne désespérez pas. » (…) La haine des hommes passera, et les dictateurs meurent, et le pouvoir qu’ils ont arraché au peuple le reprendra. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne périra jamais !
Soldats ! Ne vous livre pas à ces brutes, à ces hommes que vous asservissent, qui enrégimentent votre existence, que vous dictent vos actes, vos pensées, vos sentiments ! Qui vous font marcher au pas, qui vous mettent au régime, qui vous traitent comme du bétail et qui vous utilisent comme chair à canon ! Vous n’êtes des machines ! Vous êtes des hommes !… » (1)

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Claudia Patuzzi

(1) Charles Chaplin, Histoire de ma vie, trad. Rosenthal Jean,  Robert Laffont, Paris, 1964, Collection « vécu », chap. 25, pp. 394-395