Étiquettes

, ,

001_Casecanale180

Le canal Saint Martin (cliquer pour agrandir)

Il y a des mots, petit « vocabulaire de poche »

Partout seule,
partout étrangère,
j’ai compris que les mots
(comme les pierres[1])
ont le pouvoir d’abattre
les langues et les frontières.

Combien de mots tombent-ils bruyamment ?
Combien de mots traînent-ils encore dans le vent ?
Combien d’eux restent sans voix, dans le cachot du cœur ?

Il y a des mots en guise de bateaux
rapides et légers
s’échouant sur la plage de l’autre
tout en arborant le sourire
d’un marin inconnu[2] .

Il y a des mots en forme de flèches,
des mots aigus [3] comme des cristaux,
capables de briser l’écran gris
de l’indifférence et de la résignation.

Il y a des mots à la nature d’oiseaux,
curieux et vagues, [4]
ayant la force de ressusciter l’espoir
que la solitude cache.

Il y a les mots enfantins,
sautillant comme le font les écureuils,
des mots qui nous aident
à retrouver nous mêmes
dans l’enchantement d’un jardin perdu.[5]

Il y a des mots en diagonal,
réfractant nos questions
comme des reflets dans un miroir,
des mots piégés par les mystères
des labyrinthes et des rêves.[6]

Il y a des mots à l’allure d’ondes
qui traversent les derniers refuges
de l’histoire, arpentant tous les enfers
et le cimetières du monde.

Il y a des mots au parfum de fleurs,
rouges comme le sang des innocents,
des mots s’épanouissant
jusque sur les tombeaux
pour nous rappeler l’injustice.[7]

Il y a des mots qui vont en couple
ou en rime, qui nous racontent
(encore, sans jamais nous ennuyer)
des simples histoires :
« amour-fleur-cœur.» [8]

Au fond de tous les mots,
au bout de l’horizon, vous trouverez
les mots se sauvant dans le vent
le vol fou [9] de mots minuscules
se perdant dans l’espace
d’une bulle de savon.

Pour en finir, refoulés qui sait où,
il y a des mots tout à fait inventés
qu’on n’a pas encore reconnus
ni transcrits, et qui poussent pourtant,
comme des poussins dans le nid,
contre leurs coquilles.

002bis-finestra-gatto180améliorè

(cliquer sur la photo pour l’agrandir)

Claudia Patuzzi

(Traduction de Giovanni Merloni)

[1] Carlo Levi [2] Vincenzo Consolo [3] Albert Camus et Jean Paul Sartre [4] Jacques Prévert et Giacomo Leopardi [5] Italo Calvino [6] Jorge Luis Borges [7] Primo Levi [8] Umberto Saba [9] Dante Alighieri

TEXTE ORIGINAL EN ITALIEN