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001_Pasolini180Dessin de Claudia Patuzzi, crayon sur papier : Pier Paolo Pasolini dans le tournage de « Canterbury tales » de Chaucer, 1967 (cliquer pour agrandir l’image)

En 1967, en rentrant du cinéma où j’avais vu « Les contes de Canterbury » de Pier Paolo Pasolini, je fis ce dessin que je garde amoureusement près de mon bureau. Dans ce film incontournable, tournée en Maroc, je trouve aujourd’hui beaucoup de points en commun entre l’esprit de Chaucer et les premiers textes de Pasolini, dont en particulier « Ragazzi di vita » (« Les ragazzi »,1955).
« Ce roman est une biographie de quelques gamines de rues romains, de leur enfance à leur première jeunesse », nous dit l’auteur-réalisateur. « Le personnage principal, Riccetto,  avait onze ans au moment de l’arrivée des troupes anglo-américaines à Rome, et il en a dix-huit à la fin du livre, en pleine guerre de Corée et durant le déclin de la peériode dominée par De Gasperi. L’environnement  « vrai  » (le faubourgs  populaires de Rome quientourent la ville de leurs lotissements…), les personnages « vrais« , qui parassaient presque sortis d’un documentaire sociologique, les situations « vraies« , au point se sembler tirées de la rubrique de faits divers des quotidiens romains, pourraient laisser penser que cette biographie de Riccetto et de garçons de son âge est le produit du goût néoréaliste : il n’en va toutefois pas précisément ainsi. Il y a trop de violence dans ce réalisme. Et l’auteur (…) c’est plutôt inspiré de modèles plus authentiques et plus absolus: …il a sans doute eu présents à l’esprit… certains personnages secondaires de l’Enfer de Dante, certains bas-fonds  de Le Décaméron de Boccaccio, les tumultes et les « monatti » (1) milanais de Manzoni, et enfin le sous-prolétariat misérable de Belli ou de Verga… Il ne faudrait pourtant pas croire …qu’il souffle sur ces pages un air littéraire:  l’extrême actualité du document – un document sur l’Italie de ces tout derniers temps, celle de la fin de l’après-guerre – est trop déterminante, et elle implique une passion et une pitié qui n’ont rien de littéraire. En outre, ce roman est entièrement écrit dans une tonalité joyeuse, de divertissement, d’aventure : exactement comme la vie dans les faubourgs de Rome… »(2).

(1) Personnes qui, durant la peste de 1630 à Milan, étaient chargées de ramasser  les cadavres dans les rues ou les maisons et les déposer dans les fosses communes, ainsi que  d’emmener les malades au lazaret.

(2) Pasolini Roma, Skira Flammarion, La Cinémathéque Française, p.60.

Claudia Patuzzi