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Claudia Patuzzi : Albero Giacometti, crayon, Rome, 1968. (cliquer pour agrandir l’image)

Ce dessin d’Alberto Giacometti est accroché sur la paroi juste au-dessus de mon bureau, à côté du portrait d’Utrillo : un couple inséparable ! Il suffit que je lève les yeux pour les voir devant moi, avec leurs regards impénétrables et profonds. Deux dieux tutélaires ? Giacometti était mort en janvier 1966. Deux ans depuis, en 1968, j’eus l’impulsion de dessiner son visage, symbole d’une époque (les titres sur les journaux en reflètent les évènements cruciaux : la mort de Luther King ; le Vietnam ; le phénomène hippy ; l’amour libre ; les mots comme « dévaluation », « paix », « vérité », « guerre »… ) Mais Giacometti va largement au-delà de son temps dans sa lutte incessante pour « redécouvrir » la figure humaine, son essence cachée, creusée dans les coins les plus éloignés de la matière: l’éclat de la vie

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En octobre 1965, quelques mois avant sa mort, sur le bateau qui le ramène de New York en Europe, Giacometti écrit en « Notes sur les copies » : « Je ne sens que la mer qui m’entoure, mais il y a aussi le dôme, la voûte immense d’une tête humaine » (note 1 : Thierry Dufrêne, Giacometti – Les dimensions de la réalité, Skira, Genève, 1994, p.184)

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 L’atelier 46 rue Hippolyte-Maindron, 14° arrondissement de Paris (cliquer pour agrandir)

« Le regard dominateur de Giacometti…  regarde ma tête dans l’espace réel  et, presque à la même seconde,  une autre tête, la même et une autre, en train de se construire sur la toile. Le même geste d’Alberto les fait grandir ensemble, grandir et se dévorer, en augmentant la distance qui le sépare de lui… un gouffre… » (note 2 : Jacques Dupin, Alberto Giacometti, Éclats d’un portrait, éditions André Dimanche, septembre 2007, p. 39)

À Paris, en 1941, Giacometti rencontre Sartre, professeur au lycée Pasteur et déjà écrivain de La nausée. De ce moment le philosophe suivra l’œuvre de l’artiste jusqu’à sa mort. Pour Sartre, Alberto « dégraisse l’espace », conférant aux visages – des « fétiches naturels »- la transcendance visible, à mi-chemin entre l’être et le néant » (note 3 : Thierry Dufrêne, ibidem, p.152) 003_Giac volto600

« Ce qui m’intéresse le plus dans une tête… ce sont les yeux. Quand on regard un homme, on regarde toujours les yeux. Même quand on regarde un aveugle, on regarde la place des yeux, comme si on sentait les yeux derrière… Ce sont les yeux, le regard qui comptent le plus dans un visage. Toutes les autres formes  sont plus ou moins floues et indécises. » (nota 4 : Jacques Dupin, ibidem, p.67.)

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« Il cherche d’attraper dans le vide le fil blanc invisible du merveilleux » (nota 5: Ibidem, p. 77)

« Sa tête acquiert ainsi sa mutité résonnante si paradoxale qui s’oppose au cri bouche ouverte des têtes de Francis Bacon » (nota 5 : Thierry Dufrêne, ibidem, p.166)

006_Giac-600 scjpg « Le peintre est en avant, occupé à une révélation scabreuse infinie par une pénétration acharnée de l’inconnu qui barre le chemin » (nota 6: Jacques Dupin, Ibidem, p. 74) 007_Stampastudio180

Alberto Giacometti dans sa maison à Stampa, dans le Val Bregaglia, le village de la Suisse italienne où il avait passé son enfance. Il a été enterré dans le cimetière de San Giorgio près de Borgonovo. Le corbillard était tiré par le seul cheval du village. Les habitants du Val Bregaglia étaient venus en foule, rejoints par un grand nombre de visiteurs, des officiels et des amis…

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 Alberto Giacometti sur la terrasse de sa maison à Borgonovo.

Claudia Patuzzi