Mots-clefs

, , , , , , , , , , ,

001_PalazzoBN 180jpeg Version 3

Palais des Fata sur les remparts nord de Macerata (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

IIb/IV n. 63deuxième partie, traduction et nouvelle adaptation de La stanza di Garibaldi, pp.242-245, Manni Editori, 2005, ISBN 88-8176-692-2. Le roman a été traduit en français sous le titre provisoire de Zérus – le soupir emmuré. Tous les droits sont réservés. Pour ce roman Claudia Patuzzi a été sélectionnée pour le prix Strega 2006.

Ghislain venait de reprendre ses esprits quand le vacarme fit irruption dans la pièce. La salle s’était remplie. Orso et Sebastiano avaient juste déposé Teresa à sa place, près de Céleste, lorsqu’Ettore enjamba Sebastiano pour atteindre Orso et le gifler du revers de main.
— Celui-là a le cœur rempli de merde ! hurlait-il.
— Un poil a poussé sur le tien ! lui répondait Orso en agitant le bras.
— Arrêtez donc, sinon tout le monde va partir. Comme d’habitude, Sebastiano les séparait, tandis que Bartolomeo et Mipento restaient dans leurs Paradis.
— Orso, calme-toi !
Tout le monde attendait Perla qui était en retard.
— C’est une rose faite de cendre et d’os, ricana Mipento.
— Tais-toi ! Sa mère lui lança un regard sévère.
Ettore s’interposa : — Maman, tu l’as vue : Mipento a levé la tête comme si elle était en extase. Elle a écarquillé les yeux, elle a bavé…
— Je suis heureuse de prier, pleurnicha Mipento.
Ghislain ne comprenait rien. Les mots s’entassaient l’un sur l’autre dans un bruit agressif. Instinctivement il chercha la petite main d’Henriette. Elle lui sourit. À ce moment-là, Perla et Sirio entrèrent. Ce fut comme si le soleil et la lune s’affrontaient avant de se tourner le dos dans une éclipse perpétuelle. Dès que Sirio se fut assis au bout de la table, un silence absolu se fit parmi les convives. Mipento continuait à pleurer en silence.
— Santina, les antipasti ! cria Sirio. Où est l’eau distillée ?
Céleste lui tendit son petit pot en verre.
— Le pain grillé ?
— Il est là, à côté, Sirio.
— Que les enfants ne boivent pas avant le second plat.
— J’ai soif, murmura Nino de derrière la chaise.
— Moi aussi… soupira Henriette.
— Santina, apporte les gazeuses, les bières, le Seltz et le vin rouge !
— Que font-ils ? demanda Ghislain.
Amusé, Niba lui répondit : — Personne ne mange sans son autorisation, maintenant tu comprends pourquoi je suis entré dans la marine, n’est-ce pas ?

002_Priamo 180jpeg

Sirio Fata. (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

Santina entra en sautillant avec les eaux gazeuses et l’orangeade, puis elle posa les antipasti devant le maître de maison : — Les antipasti aiguisent l’appétit ! Et elle, en se déhanchant, s’en alla à la cuisine pour surveiller le bouillon. Ettore la regardait bouche bée tandis que Sebastiano ricanait.
— Taisez-vous, cochons ! ordonna Teresa.
Sirio se leva. Vêtu de gris comme si c’était l’hiver, il était aussi pâle que la nappe.
— Que Dieu bénisse cette table… dit-il, en levant un verre d’eau distillée comme s’il s’agissait d’une hostie consacrée. À ce signal, tous se sentirent libérés.
Les coudes sur la table, la fourchette suspendue en l’air, la poitrine renversée sur la dentelle de son poignet, Perla, qui manquait d’appétit comme une vraie dame, laissa tomber ses cheveux châtains le long de la chaise.
« Elle est mille fois plus belle que Christiane… et le corps, qu’est-ce que doit être son corps, plus beau que celui de Catherine… » Ghislain rougit. Ces pensées-là lui étaient interdites, cependant elle lui souriait. Il sentait que le souffle lui manquait…
Niba vint le sauver : — Nous devons saluer un invité ce soir…
Tous les regards se dirigèrent vers cette tache noire qui ressortait sur le lin immaculé.
— Je vous présente Ghislain !  cria le Niba.
Il s’enfonça dans sa chaise :  — De l’eau… de l’eau.
— Faites-le boire, il a soif !
— Il est épuisé, le pauvre, après un jour de voyage.
— Plus d’un jour, tu veux dire.
— Un parent de Belgique, pas vrai Annibale ?
— Cela aurait fait plaisir à la pauvre Eugénie…
— À qui ressemble-t-il ?
— Il a un œil fermé.
— Pour moi, le Petit-curé est encore vierge.
— Tais-toi Ettore !
— Regarde comme il boit.
— Combien de temps ce garçon reste-t-il chez nous ? demanda la grand-mère.
— Environ quatre jours, répondit Annibale.
Ghislain, rouge de honte, ne ressentait rien, ne comprenait rien, ses oreilles bourdonnaient..
— Voilà le bouillon de poule.
Cette fois, Santina partit de l’autre côté. Ettore réussit à la pincer.
— Tenez-vous tranquille, Monsieur, s’écria-t-elle, en riant. Orso et Sebastiano rirent aussi.
— Bien. Et où allons-nous le coucher ? demanda Teresa.
— Bartolomeo et moi nous pouvons lui céder notre chambre. L’un de nous peut bien dormir en haut.
— Dans la chambre de Garibaldi ? hurla Orso.
— Pourquoi pas ? ricana Niba entre ses moustaches.
— Mais cette chambre n’est pas pour les invités, soupira Sebastiano.
— Silence, éclata Teresa, c’est ton oncle Sirio qui décide.
— Mais j’y veux aller !
— Tais-toi Sebastiano ! Ce n’est pas ton tour. Tu y as dormi il y a un mois, tout seul.
— Et moi ? Quand est-ce que j’y dors ? grommela Ettore.
— Tais-toi Ettore !
— Silence, j’ai dit. Le garçon, le Petit-curé, bref le Belge, il dormira dans la chambre de Garibaldi. Sirio avait parlé et le ton n’admettait pas de répliques.

003_Lorenzo Henri-Ghis180

Nino, Henriette et Ghislain dans le potager. (cliquer sur la photo pour l’agrandir)

Claudia Patuzzi