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001-La paroir.740

La paroi aveugle (photo de Claudia Patuzzi)

Un jour, dans mes vagabondages sans parapluie,  je suis tombée sur cette paroi tranchée, haute et large comme une tour du Moyen-Age, qui se rétrécit de plus en plus vers le ciel.
Ella s’élève au-dessus de moi en toute sa violence. De son apparence au debout de temps, – il y a cents ans ou plus –  ne reste que ce mur scié par un couteau comme  une tranche de gâteau. Une blessure absurde.  Un château de sable  détruit avec un coup de main par un enfant gâté.
Maintenant de tout ça il ne reste que  cette triste surface de briques, suspendue dans le vide, sans fenêtres, sans balcons, sans êtres humaines. Un mur « emmuré ».

Ces parois amputées, comme des bras ou des  jambes gangrenées, sont les enfantes illégitimes des immeubles d’Haussmann qui côtoient pompeux le boulevards. Ces obscènes cicatrices  sont les résultats des démolitions urbaines  réalisées dans les vieux quartiers, dicteés par une rationalité, aussi pratique qu’inexorable. Grace à cette « rationalité » les voitures peuvent circuler sans risquer  l’embouteillage. Mais le mur, comme beaucoup d’autres, est toujours là qui nous regarde, avec son impitoyable amputation.

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La cigogne (photo de Claudia patuzzi)

Mais qu’est ce que il y a au dessus sur la gauche ?Il me semble qu’il y a quelque chose… mais oui, c’est un cigogne au bec orangé qui grimpe avec ses ailes blanches vers une cheminée imaginaire. Peut-être elle est en train de chercher un petit enfant.
Quelqu’un, ayant de la pitié envers ce mur nu et vide, a peint ce petit miracle… Mais où regarde le mur ?

Je me retourne et j’ai une surprise inespérée. Juste devant le mur, derrière une grille peinte en vert, il y a un petit jardin à coté d’une église avec un arbre vert et or, envahi par des pigeons avides.

Çà me rappelle quelque chose…
La fable de la Belle et la Bête ?
Ou alors que le villes sont des cartes changeantes, toujours différentes de notre vie et de celle des autres ?

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Le jardin avec l’arbre vert et or (photo de Claudia Patuzzi)

Cette grille et ce jardin me rappelle une poésie de Jorge Luis Borges (1899-1986), titrée « Llaneza », c’est à dire « Simplicité », une texte apparue en « Fervor de Buenos Aires », (1923), où « La prose vit avec le vers » écrit Luis Borges dans la Dédicace au lecteur en 1974,  dans la collection I Meridiani  MondadoriVoilà trois versions de la poésie: en espagnol, en français et, enfin, en italien.

1. Llaneza

 Se abre la verja del jardin
con la dicilidad de la pagina
que una frecuente devocion interroga
y adentro las miradas
no precisan fijarse en los objetos
que ya estan cabalmente en la memoria.
Conozco las costumbres y las almas
y ese dialecto de alusiones
que toda agrupacin humana va ordiendo.
No necessito ablar
ni mentir privilegios ;
bien me conoscen quienes aquì me rodean,
bien saben mis congojas y mi flaqueza.
Eso es alcanzar lo mas alto,
lo quel tal vez nos dara’ el Ciel :
no admiraciones ni victorias
sino sencillamente ser admitidos
como parte de una Realidad innegable,
como las piedras y los arboles.

2. Simplicité 

La grille du jardin s’ouvre
Avec la docilité d’une page
Qu’interroge une fréquente dévotion.
J’entre dans la maison,
Et à l’intérieur les regards
N’ont pas besoin d’observer les objets
Qui sont déjà totalement dans la mémoire.

Je connais bien les habitudes et les âmes
Et ce dialecte d’allusions que va tissant
Tout groupement humain.

Je n’ai pas besoin de parler
Ni de feindre de privilèges ;
Ils ne m’ignorent pas ceux qui m’entourent,
Ils savent bien mes angoisses et ma faiblesse.

C’est là toucher à ce qu’il y a de plus haut
A ce que peut-être nous donnera le Ciel :
Non les admirations ni les victoires
Mais simplement d’être admis
comme une partie de la Réalité indéniable,
comme les pierres et les arbres.

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3. Semplicità (in « I Meridiani Mondadori » , I vol. p.65 )

Si apre il cancello del giardino
con la docilità della pagina
che una frequente devozione interroga
e all’interno gli sguardi
non devono fissarsi negli oggetti
che già stanno interamente nella memoria.
Conosco le abitudini e le anime
e quel dialetto di allusioni
che ogni gruppo umano va ordendo.
Non ho bisogno di parlare
né di mentire privilegi ;
bene mi conoscono quelli che mi attorniano,
bene sanno le mie ansie e le mie debolezze ;
Ciò è raggiungere il più alto,
quello che forse ci darà il Cielo :
non ammirazioni né vittorie
ma semplicemente essere ammessi
come parte di una Realtà innegabile,
come le pietre e gli alberi.

P.-S. Avez-vous remarqué quelques différences entre les trois textes? Je crois surtout dans la traduction française, car elle implique toujours un décalage et une métamorphose entre le texte original et sa « transposition » dans une autre langue.
«Traducteur = Traitre.»
Chaque langue est un mystère !

Claudia Patuzzi

006 Cielo e alberi- 740Finalement un ciel azur entre des arbres, un espace ouvert aux rêves!

(photo de Claudia Patuzzi)