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La visite

Je suis dans mon bureau, près de la fenêtre. Derrière la vitre, je regarde le ciel laiteux, emprisonné entre les branches nues des arbres.  C’est la même couleur terne qui enveloppe les gens que je vois courir dans la rue. Un bruit soudain me détourne de mes observations. Juste un bruissement, suivi d’un rebond amorti comme le ferait, en tombant, une petite balle de caoutchouc. Je ne vois rien, mais je n’ai aucun doute. Ce son-là vient du balcon.

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Quelques secondes après, je prends ma décision d’ouvrir la porte-fenêtre qui donne sur le boulevard. Je reste immobile, scrutant des yeux l’étroit rectangle et la balustrade  en fer forgé. Sur le côté gauche, au fond, mon regard perçoit…

« Qu’est qu’il y a, là bas ? »

Aucune réponse.

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Comme je disais, je ne vois qu’un objet indistinct, au bout du balcon, se mélangeant à la pierre. Trop loin pour que je puisse l’identifier.

Mais que se passe-t-il ? Une « chose » blanche s’approche de moi ! Un animal peut-être… J’en suis bouleversée, avec le même effroi qui m’arrive dans un rêve récurrent de mon enfance.

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Maintenant, la « chose »  avance en boitant tout droit vers moi ! D’un coup, je vois une tête avec une tache noire sur le front. Il endosse… un sordide tablier blanchâtre d’où jaillit un je-ne-sais-quoi de doré ! Il me semble avoir déjà vu une chose comme ça…

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« Au secours ! Au secours ! Il s’est agrandi ! Venez voir ! » je m’entends hurler. Mais, autour de moi, il n’y a personne. La rue est déserte, tandis que « ses » yeux cernés me  regardent fixement. Ils ont l’air de me juger sévèrement, en disant : « Regarde moi ! Je te connais et je t’accuse ! »

« Pourquoi ? Je n’ai rien fait  ! »

Entre-temps, cette étrange figure s’approche de plus en plus.

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Ses grands yeux, blancs dans le masque noir,  ne cessent de me fixer.

« Qu’est-ce que  tu veux ? Qui es-tu ? »

« Ne vous rappelez-vous pas de moi ? Je suis l’intrus, le pauvre diable que vous ne voulez jamais voir. Je suis le pauvre soûlard de la rue. L’ivrogne qui fouille dans la poubelle et qui dort, toutes les nuits, sur le banc de fer, sur le trottoir d’en bas !

« Maintenant, je vous reconnais… »

« Oui, je suis PULCINELLA, l’éternel affamé sale et moqueur, celui qui fait rire tout le monde. Mais, vous l’avez oublié et quand vous me rencontrez, vous regardez toujours de l’autre coté ! »

Je me réveille en sursaut.  Le guignol en bois est toujours au-dessus de la cheminée  sur son piédestal doré.

Plura sunt… quae nos terrent, quam quae premunt, et saepius opinione quam re laboramus. (Sénèque, Lettres à Lucilius, 13,4)

Il y a plus de choses qui nous effraient que de choses qui nous endommagent vraiment, car la plupart des fois nous sommes obsédés moins par les faits réels que par les apparences.

Claudia Patuzzi

lien vers l’original en italien : http://wp.me/p3jqzu-c