« Le petit éléphant et la feuille » (Dessins et caricatures n. 45)

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lelefante-e-la-foglia-001-180 Claudia Patuzzi, collage 2017

« Le petit éléphant et la feuille »

Le 11 février de ce froid 2017, lors d’un moment de mauvaise humeur, tandis que j’étais en train de ranger mon bureau et son chaos assez coriace, j’ai trouvé, parmi plusieurs coupures de journal, l’image (1) d’un petit éléphant qui essaie avec peine de dégager ses pattes juvéniles d’un pantalon gris tout chiffonné et, tout d’un coup, j’ai eu l’impulsion irrésistible de faire un collage : dans ses yeux jeunes, il y avait quelque chose qui me donnait une profonde sérénité ainsi qu’un formidable bien-être…
De quoi s’agissait-il, au juste ? J’ai compris ensuite qu’il y avait en lui un manque absolu d’agressivité : son regard, en contraste avec son poids, était léger et doux comme celui d’un enfant ! Combien différent et éloigné vis-à-vis des regards enragés ou malheureux de notre « temps méchant » !
Automatiquement, sans réfléchir, j’ai filé prendre un cahier que je n’ouvrais pas depuis trois ans, où je garde jalousement des fleurs et des petites plantes séchées de Bretagne et Saint-Malo. C’était comme si le petit éléphant voulait m’y conduire avec la joie naïve de ses yeux, avec son « étrange légèreté ».
Dans le cahier, j’ai trouvé deux feuilles séchées : sur la pointe de la trompe, j’ai posé une feuille ronde, ressemblant à une hostie, ayant une branche subtile et légère pour accompagner dignement le geste subtil et léger du petit éléphant ; à ses pieds, j’ai posé une autre feuille dentelée et finement ourlée, plus grande, ayant la couleur chaude de l’automne. Puis, j’ai pris une autre petite plante séchée, longue et étroite, riche de petites fleurs violettes… Et voilà, mon petit éléphant prend vie, petit à petit, au milieu des couleurs, avec un melon noir sur la tête que je lui ai dessiné !
Avec quel résultat ?
Chaque fois que je le regarde, je suis heureuse.
Ce vieux pantalon humain, chiffonné et gris, ce n’est qu’un vieux et lourd placenta dont on doit se libérer pour retrouver au fond de nous-mêmes la simplicité de la vie, sa saveur toujours neuve même si souvent elle est amère !

Claudia Patuzzi

(1) dans le Magazine du « Monde »

« Le miroir noir » (Dessins et caricatures n. 44)

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« Le miroir noir »

Une femme se regarde dans la glace et, immédiatement, devant elle, une autre femme, identique, se détache nettement contre l’arrière-plan sombre comme la nuit : c’est le « miroir noir » de son moi secret.

Le miroir « blanc » et le miroir « noir » sont les deux faces de notre « moi ».

Le miroir blanc est clair, direct, extérieur et limpide comme une paroi blanche qui sans attendre se lève dans les regards superficiels et dans les jugements hâtifs et rapides des autres.
Le miroir noir reflet l’aspect caché de notre « moi » — le plus intime et secret — qui mûrit dans le devenir multiforme du temps et qu’on devine, parfois, grâce à d’étranges affinités.
Les deux miroirs, le noir et le blanc — chacun étant le « recto » ou le « verso » de l’autre — dépendent l’un de l’autre comme deux amis-ennemis inséparables.
Le premier, blanc, c’est la façon que nous adoptons pour nous montrer aux autres, c’est-à-dire comme nous nous habillons, parlons ou sourions ; le deuxième, noir, à la fonction de nous montrer comme nous voulons que les autres nous voient : un masque pour nous protéger ou alors une invention. Les deux images-miroir sont les deux faces de notre « moi ».

Une femme se regarde dans la glace et, immédiatement, devant elle, une autre femme, identique, se détache nettement contre un arrière-plan sombre comme la nuit : c’est le « miroir noir » de son moi secret… de ses pensées cachées, de ses désirs irréalisables, de ses doutes… et de ses rêves.

Il y a pourtant un troisième type de masque-miroir qui nous poursuit toujours, jusqu’au bout : la silhouette obscure et silencieuse de notre ombre…

Claudia Patuzzi

Maintenir les hommes dans une constante insatisfaction d’eux-mêmes… (Dessins et caricatures n. 43)

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Maintenir les hommes dans une constante insatisfaction d’eux-mêmes…

L’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa (« La tante Julia et le scribouillard », « La Maison verte »…) avec le Colombien Gabriel Garcia Marquez (« Cent ans de solitude ») et la Chilienne Isabel Allende (« La maison aux esprits », « Paula »…) ont été et seront toujours, pour moi, un trio fascinant et inséparable ainsi que des compagnons de vie capables de « tisser » des histoires envoûtantes et douloureuses au sujet de leurs pays : une espèce de « scanner » magique apte à dévoiler l’essence de tout être humain, dans le bien et dans le mal, dans la raison et dans la folie, une psychanalyse du Pérou et de la société latino-américaine par le biais de mots que je ne cesse pas d’avaler comme s’ils étaient fondus dans le chocolat amer….

Ce dessin au crayon de Mario Vargas Llosa jaillit d’une photo de l’écrivain péruvien parue lundi 7 mars 2016 sur Libération (1) soigneusement gardée dans un classeur. D’un coup, hier, la photo a repris vie et ma main est partie toute seule : d’abord, le contour du visage ; ensuite les cheveux, enfin les yeux noirs comme de la poix, à peine visibles sous les poids des paupières… comme si je connaissais depuis longtemps ce visage et ces yeux sombres et pensifs.
Voilà un extrait de son discours en l’occurrence du Prix Romulo Gallegos, en 1967. Des mots qui ont fait sursauter mon cœur : « La mission de la littérature est d’agiter, inquiéter, alarmer, maintenir les hommes dans une constante insatisfaction d’eux-mêmes… Plus les écrits d’un auteur sont durs pour son pays, plus intense sera la passion qui unit l’un à l’autre. Car, dans le monde de la littérature, la violence est une preuve d’amour. » (2)

Claudia Patuzzi

(1) L’article sur « Libération » a été traduit de l’espagnol par Philippe Lançon.
(2) Les œuvres romanesques de Vargas Llosas, sous la direction de Stéphane Michaud, ont été réunies dans la « Pléiade » par Gallimard (2 tomes) et traduites de l’espagnol par Albert Bensoussan, Anne-Marie Casé et Bernard Lesfargues.

Contrastes : « Deux femmes » (Dessins et caricatures n. 42 )

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Contrastes :  « Deux femmes »

Pendant mon enfance et encore plus aux jours de mon adolescence, j’aimais observer les visages, les mains, les corps de chaque être humain. L’œil était mon phare : un rayon laser que j’utilisais de façon maladroite en dirigeant sa lumière blanche sur n’importe qui se trouvait à la portée de mon regard.
Avec les années, ce « don » est devenu une habitude toujours plus raffinée et complexe. Il me suffisait d’observer les plis d’une main sur la main-courante d’un bus pour deviner le visage et même le travail de cet être inconnu. Le bus était une espèce de leçon « visuelle » assaisonnée par la fantaisie et l’imagination…
« À quel métier se consacrait-elle cette femme négligée et lasse ? La femme de ménage, la femme au foyer, la mère ? Et cet homme aux lunettes de tortue ? Sans doute le comptable… »
Une habitude qui m’a accompagné jusqu’ici, dans le métro de Paris et de Londres, ou en avion…
Le métro de Paris est pour moi un observatoire unique au monde. Un grand film en couleurs, un immense volume de langues différentes, d’yeux, de bouches, de mains, le tout plongé dans un fourmillement de sensations, de voix, d’états d’âme, de chagrins et pensées invisibles…

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Dessin de Claudia Patuzzi, novembre 2016

La dernière fois que j’ai voyagé dans une rame de la ligne 7 du métro, j’ai été touchée par deux femmes assises en face de moi, l’une à côté de l’autre. Qu’est-ce qui attirait mon attention ? Pendant un instant, j’ai demeuré dans l’indécision, puis j’ai compris où était le lacet qui m’avait capturée : leur contraste !
La femme blonde et élégante à côté de la fenêtre plongeait dans la lecture d’un livre. Son visage paraissait attentif et serein, les yeux fixés sur les pages, les lèvres frémissantes dans un léger sourire de plaisir, tandis que son esprit et son corps détendu ne faisaient qu’un avec la trame du livre, se fondant dans un rêve unique…

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Dessin de Claudia Patuzzi, novembre 2016

Tout d’un coup, j’ai sursauté. Dans la place à côté, une femme aux cheveux noirs et aux yeux larmoyants était tout le contraire de sa voisine : elle semblait le chagrin personnifié ! L’image de la désolation et de la solitude ! Les yeux inquiets, pleins de tristesse. Je n’avais jamais vu un couple si mal assorti, si incompatible… Unique à ne jamais changer, à rester toujours le même, le métro ne cessait pas de se vider et se remplir d’êtres humains, tout en hurlant son cri de fer et caoutchouc sur les rails, au milieu de l’obscurité des tunnels et des lumières joyeuses des stations.
En ce moment-là, j’ai ressenti, violent, un point de côté dans la poitrine. Qu’est-ce qu’il m’arrivait ? Puis, d’emblée, j’ai compris : c’était le contraste entre le visage serein de la lectrice blonde et la grimace de douleur de cette femme brune, seule et désespérée devant moi.
« Le métro peut être un film » ai-je pensé, tout en descendant à Gare de l’Est, « rien qu’un film vrai et cruel comme la vie ! »

Claudia Patuzzi

« La Parabole de l’Amour » (Histoires drôles n. 46)

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001_amore crescente claudia001 180 Renzo Bussotti, 1967

« La Parabole de l’Amour »

À côté de l’interrupteur près de la porte de mon bureau parisien, je garde, avec soin et affection, une petite histoire sous verre, avec la reproduction (s’agit-il d’une xylographie ?) d’un dessin à l’encre que j’avais découpé, il y a des années, depuis une revue italienne.
Le mot « AMORE » en est le protagoniste : il paraît 11 fois — de plus en plus marqué et noirâtre — sur la bouche de 11 personnages.
Le premier personnage est un jeune désargenté. Très maigre et sincère, il sait bien qu’à sa belle il ne pourra offrir que lui-même. Rien d’autre que lui. Le deuxième, un peu plus digne, saisit avec la main la plus simple des fleurs, une marguerite…
Avec le troisième personnage, le climat change tout à fait : à la place du jeune homme, il y a un adulte au regard impudent, tandis qu’à la place de la fleur il y a un beau canard bien nourri !
Mais, au fur et à mesure qu’avance la procession des « porteurs du mot Amour », les « soupirants » se transforment en « prétendants », devenant petit à petit gros, âgés, chauves, horribles et cyniques.
Le cinquième porte dans une main un bouquet de fleurs et serre dans l’autre un couteau ; le sixième a une bouteille de vin dans la gauche et deux grosses bagues dans la droite ; le septième, ayant une circonférence déjà plus importante, porte dans les deux mains six bagues ; le huitième personnage, arborant un cigare, perd les cheveux tandis que son embonpoint est encore plus épais ; le neuvième, presque chauve, soutient, d’un sourire moqueur, son ventre gigantesque de deux mains baguées ; le dixième aiguise deux couteaux ; le dernier est une énorme boule de lard sur le point d’exploser. Il n’y a pas d’échappatoires : on manipule le mot « amore » pour des buts économiques jusqu’à ce qu’il soit englouti par le gras de l’avidité et du pouvoir !
Cet incroyable dessin de Renzo Bussotti, peintre dessinateur florentin (1925-2004), semble incarner en avance la dernière métamorphose, la plus horrible, touchant l’élite politique italienne et son peuple : un consumérisme ainsi qu’un pragmatisme impitoyable que les froides lois du marché et les groupes dirigeants alimentent progressivement. Un manque de scrupules qui s’étend au jour le jour, hélas, à nombre de mes compatriotes, finalement corrompus par des métamorphoses de plus en plus effrontées ainsi que par les abus de pouvoir et les fausses illusions !
(S’il y avait un douzième personnage, il devrait exploser…)

Claudia Patuzzi

Adieu, Yves Bonnefoy ! (Dessin et caricatures n. 41)

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001_yves bonnefoy 001 180                     Yves Bonnefoy, dessin de Claudia Patuzzi, cliquer l’image pour agrandir.

Les rainettes, le soir

I

Rauques étaient les voix
Des rainettes le soir,
Là où l’eau du bassin, coulant sans bruit,
Brillait dans l’herbe.

Et rouge était le ciel
Dans les verres vides,
Tout un fleuve la lune
Sur la table terrestre.

Prenaient ou non nos mains,
La même abondance.
Ouverts ou clos nos yeux,
La même lumière.

II

Ils s’attardaient, le soir,
Sur la terrasse
D’où partaient les chemins, de sable clair,
Du ciel sans nombre.

Et si nue devant eux
Était l’étoile,
Si proche était ce sein
Du besoin des lèvres

Qu’ils se persuadaient
Que mourir est simple,
Branche écarté pour l’or
De la figue mûre. (1)

Yves Bonnefoy

(1) Les planches courbes, La Pluie d’été, Poésie/Gallimard, Mercure de France, 2001, p. 11.

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Merci à Tamel ou Aunryz (@aunryz) pour cette belle « incrustation », où les vers
d’Yves Bonnefoy s’appuient sur mon esquisse… J’en suis vraiment touchée !

Une porte très étroite (Dessins et caricatures n. 40)

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Dessin à feutre ( cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Une porte très étroite

Ce croquis a pointé à l’improviste, dans un petit carnet envahi par des notes, des noms, des listes pour les courses. D’abord, j’ai dessiné la porte, puis l’escalier, enfin ces personnages jaillissant de partout. Nos immigrés !
Le rouge représente la vie, la rencontre et l’échange, tandis que le noir c’est la peur, la méfiance et l’incertitude…

Claudia Patuzzi 

« Voyage en couleurs » (Histoires drôles n. 45)

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Magda Sayeg, Bus, Mexique, 2008, street art, tricot urbain.

« Voyage en couleurs »

D’où vient-il cet étrange bus multicolore ? En regardant de près, ce tourbillon chromatique je découvre un enchevêtrement géométrique de laines aux couleurs différentes : l’auteur de ce chef d’œuvre est Magda Sayeg [Texas, USA ), considéré comme la figure de proue du mouvement du tricot urbain : « J’ai commencé en recouvrant de laine la poignée de la porte de ma boutique en 2005… J’ai commencé dans la rue… Je n’aurais jamais pensé que cette technique trouve un tel écho ; son attrait semble universel… L’art urbain est pétri d’inattendu et donne à voir l’environnement quotidien sous un jour nouveau : les arbres s’habillent de tricots rayés ou tricots graffitis et des oeuvres éphémères sont dessinées à la lumière… » (1)
Magda est une sorcière, capable de faire sortir son public potentiel de sa routine en suscitant sa curiosité ainsi qu’une véritable prise de conscience… « Grâce à ces petits événements, ce moyen d’expression devient une mise en scène, une série de rencontres… Le message politique peut aussi être transmis avec humour : recouverte d’un tricot coloré, une arme est instantanément neutralisée… » (2)

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Magda Sayeg, Statue avec pistolet : Bali, 2010, laine.

À propos de laine et de la couture, me revient à l’esprit un souvenir de l’école… Quand j’étais petite, à Roma, au début des classes moyennes, je haïssais les leçons de « économie domestique » de Madame Bufacchi, une maîtresse assez myope. En décembre, pendant plus que deux heures, elle nous obligeait à coudre et décorer par le « point de chaînette » une grande serviette pour en faire cadeau à nos mères, durant la Noël : un condensé préhistorique de la vision de la femme !
Je ne savais pas coudre ni tricoter, ou, mieux, je détestais cela. Pour survivre à cette torture, je me ratatinais dans un coin reculé de la classe, faisant semblant que j’avais dans la main une aiguille et un fil invisible, et je dessinais dans l’air des hiéroglyphes imaginaires… Quand je rentrais à la maison, ma mère cousait sur une serviette dépouillée de splendides lapins ou des fleurs de laine.
« Que tu es adroite ! » me disait la moustachue Bufacchi, tandis que je lui riais au nez.
Maintenant, par désespoir, je sais coudre les boutons et rapiécer les déchirures. Mais la laine… jamais !

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Magda Sayeg, En face de la Tour Eiffel, Paris

Et voilà, beaucoup d’années depuis, ce magique lutin de la laine du Texas, tellement patient et presque millionnaire !
J’aime ce « Bus » mexicain, ainsi exubérant, païen et allègre, qu’elle a façonné et décoré en 2008 avec une patience et méticulosité infinie. C’est dans ce pullman que je voudrais faire des tours, en compagnie de chiens, de chats et de timides chèvres pour endiguer la rage et le chagrin d’aujourd’hui, pour éloigner la violence et l’incertitude écrasant nos cœurs. Ne me voyez-vous pas ? Je suis assise au bout, en train de regarder la route qui coule, comme la Marilyn de « Arrêt d’autobus » [3], en voyage avec le doux Virgile et son cow-boy à la naïveté enfantine…

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Don Murray et Marilyn Monroe en « Arrêt d’autobus » de Joshua Logan, 1956 

Adieu, mes chers amis, je vous enverrai une carte postale en laine colorée ! Sans doute, demain, nous aurons à nouveau le Soleil…

Claudia Patuzzi

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« Arrêt d’autobus » de Joshua Logan, 1956

(1) Riikka Kuittinen, « STREET CRAFT » – Guérilla Artistique , installations végétales, tricots urbains, œuvres lumineuses, sculptures miniatures et plus encore..
éditeur PYRAMYD, 2015 ; ÉDITION FRANÇAISE : Celine Remechido et Christelle Doyelle, traduction : Audrey Favre.

(2) Idem, Introduction, p.14

(3) « Arrêt d’autobus », film avec Marylin Monroe et Don Murray, dirigé par Joshua Logan (1956).

« Dans l’insomnie d’une aube » (Histoires drôles n 44, Dessins et caricatures, 39)

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Claudia Patuzzi, technique mixte, 2016

« Dans l’insomnie d’une aube »

Par hasard, je l’ai rencontrée
dans l’insomnie d’une aube
ensanglantée, à peine effleurée
par un juste rayon de soleil.

Le cœur d’or dans la main,
elle était une reine en miniature
chuchotant des mots de velours
qui riment avec amour.

Dans le vent, elle se balançait
sur le bord en fer forgé
fredonnant du fond du cœur
des mots qui riment avec douleur.

Une fleur sortait de sa bouche
d’argent…
« Qui es-tu ? Une reine ? Une déesse ? Une nymphe ? »

« Je suis la reine des rêves des morts
s’éclipsant telles des ombres brèves
au premier rayon de soleil ! »

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Claudia Patuzzi, technique mixte, 2016

Claudia Patuzzi

« Mon Dieu ! Oui, c’est moi ! » (Histoires drôles n. 43, Dessins et caricatures n. 38)

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Cliquez sur les images pour les agrandir

« Mon Dieu ! Oui, c’est moi ! »

Un matin comme les autres. Le bruit du boulevard bat son tam-tam sur les vitres ; les piétons frétillent rapides ; l’air est humide tandis que le ciel a la couleur du lait…
« Je dois absolument partir en voyage, mais où ? »
La sonnette me fait sursauter. C’est un signal fort et déterminé, péremptoire même… mais qui peut être à cette heure ? J’ouvre la porte…
« Mon Dieu ! »
« Oui, c’est moi ! »
Un homme grand à l’étrange valise trône sur le seuil. Une masse de cheveux gris, ébouriffés, complétée par une barbe touffue l’enveloppent dans un nuage.
« Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? » bégayé-je confuse, même si sa gueule me rappelle quelqu’un…
« C’est moi ! » s’écrie l’homme gros comme s’il chantait à l’Opera.
Un frisson traverse mon dos, tandis que sa physionomie me devient de plus en plus familière…
« Mon Dieu, je suis en train de rêver, cela ne peut pas être vrai, il me semble Karl Marx ! Pourtant, Karl Marx est mort et enseveli depuis plus qu’un siècle… et cet homme-ci affiche une parfaite santé… »
— Qui êtes-vous ? Pourquoi avez-vous frappé à ma porte ? Que voulez-vous de moi ? chuchoté-je interloquée.
L’homme saisit sa valise, il franchit le seuil, puis il soupire et dit : « Madame, est-ce que je peux entrer ? Je suis très fatigué, je viens de loin, de Rome… »
« Rome ? » réponds-je étonnée.
« Oui, finalement j’ai réussi à m’évader de cette bouteille dégueulasse ! Je n’ai rien à faire avec ces bêtes ! Je ne suis pas un de ces dictateurs qui ne meurent jamais, un tyran comme Mussolini ou Hitler… Tout au contraire ! J’aurais aimé me trouver en compagnie avec Jaurés, Victor Hugo, Garibaldi, les frères Rosselli, et Gramsci (1), bien évidemment, celui qui écrivait comme un prophète :

Le vieux monde se meurt
le nouveau tarde à apparaître
et dans ce clair-obscur
surgissent les monstres… (2)

— Que puis-je faire pour vous ?
— Le marxisme n’est pas mort ! Débouchez vos bouteilles et libérez les bons intellectuels et les philosophes… Qu’ils se noient dans l’alcool les hommes fanatiques et les tyrans perfides ! Je suis trop vieux, tandis que le monde a surtout besoin de jeunes pleins d’espoir ! Il faut absolument aider les jeunes ! Je me souviens des mots de Victor Hugo : « Il ne me suffit pas que les générations nouvelles nous succèdent, j’entends qu’elles nous continuent » (3)
Marx s’essuie le front avec un énorme mouchoir, puis me fixe dans les yeux : « Il faut une révolution complète des politiques publiques envers la jeunesse ! La protection sociale a été appuyée en 1945 sur trois âges, on n’a jamais pensé la jeunesse comme un nouvel âge ! »
Admirée, je le dévisage en disant : « voulez-vous un bon café chaud ? »
« Oui, merci, j’en ai juste besoin ! »

Claudia Patuzzi

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1) On attribue à Gramsci la phrase : « Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté », la citation exacte est : « Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté » ; elle est extraite d’une lettre à son frère Carlo écrite en prison, le 19 décembre 1929 (Cahiers de prison, Gallimard, Paris, 1978-92).

2) Antonio Gramsci a défini la crise par la célèbre citation : « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » (dans la traduction française des Cahiers de prison parue aux Éditions Gallimard sous la responsabilité de Robert Paris : Cahier 3, §34, p. 283). La seconde partie de la citation est souvent traduite par « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »

3) Victor Hugo contre la loi Falloux (janvier 1850)